Les Pensées de TropChapitre 2
Chapitre 2 compte environ 4 941 caractères et constitue l’un des 3 chapitres d’ouverture catalogués sur ce site.
Je suis restée paralysée sur le sol glacial pendant un long moment, jusqu'à ce qu'un employé de l'hôtel se précipite pour m'aider à me relever.
« Madame, ça va ? Nous avons du baume apaisant à la réception. Laissez-moi vous soigner. »
J'ai hoché la tête, engourdie, et j'ai réservé une chambre séparée à mon propre nom.
À la seconde où cette tempête se calmerait, je mettrais les voiles.
Pendant que l'employé m'aidait à monter dans ma nouvelle chambre, Ethan m'a appelée.
J'ai rejeté l'appel.
Presque aussitôt, les messages ont commencé à mitrailler mon écran.
[Tu fous quoi, bordel ? Reviens dans la suite et excuse-toi auprès de Sadie.]
[On doit signer les papiers du mariage dans quelques jours. Tu peux arrêter ta paranoïa de gamine ?]
[J'ai chopé une pommade contre la douleur à l'accueil. Reviens, dis que tu es désolée, et je te masserai le genou.]
...
Je n'ai pas répondu.
Je me suis contentée de fixer d'un œil vide les énormes hématomes violets qui s'étalaient sur ma rotule.
Des coups frénétiques frappés à la porte m'ont tirée de ma torpeur.
J'ai ouvert. C'était Ethan.
Il tenait un petit flacon de baume à la main. Dès que nos regards se sont croisés, son ton s'est fait sec et impatient.
« Encore en train de te terrer toute seule ? Léa, tu peux grandir un peu pour une fois ? »
« Chaque fois que tu boudes, tu te barres te cacher. Je suis crevé. Je n'ai plus la force de te courir après. »
Mon esprit a dérivé.
Je me suis souvenue de l'année où j'avais raté mon concours d'entrée à la fac. Je m'étais réfugiée dans un parc, pleurant toutes les larmes de mon corps, seule dans le noir.
À l'époque, Ethan avait retourné la moitié de la ville jusqu'à passé minuit pour me retrouver. Il m'avait souri en me tendant la main :
« Léa, peu importe où tu te caches, je te trouverai toujours. »
J'ai secoué la tête et j'ai commencé à refermer la porte.
« Tu n'as plus besoin de me chercher. »
Le visage d'Ethan s'est durci. Il a calé son pied dans l'encadrement et a forcé le passage.
Mais quand ses yeux sont tombés sur l'immense bleu qui marbrait ma jambe, son air sévère s'est adouci. Il s'est agenouillé devant moi, dévissant le bouchon du flacon.
« Pourquoi c'est amoché à ce point ? »
« Arrête de faire ta forte tête. Laisse-moi te mettre de la pommade. Après ça, tu annules cette chambre et tu reviens dans la suite. On est en voyage de noces, Léa. Te voir dans une chambre à part, c'est ridicule. »
En baissant les yeux sur le sommet de son crâne, j'ai entendu ses pensées dériver à nouveau dans ma tête.
*[Ça doit faire un mal de chien. Il faut que j'y aille doucement.]*
Une boule s'est formée dans ma gorge. Mon cœur a failli flancher.
Puis, sa pensée suivante a tout brisé.
*[N'empêche, Léa a besoin d'une bonne leçon. Elle ne peut pas continuer à écraser Sadie juste parce que Sadie est trop gentille pour répliquer.]*
*[Pfff, la prochaine fois que je traîne seul avec Sadie, faudra que je trouve une meilleure excuse.]*
Tout mon corps s'est raidi. J'ai retiré ma jambe d'un coup sec.
Ethan a levé les yeux, surpris. « Qu'est-ce qui te prend ? »
Avant que je puisse répondre, la porte s'est entrouverte.
Sadie se tenait contre le chambranle d'un air faible, tenant son ventre, m'adressant un sourire fragile et angélique.
« Vous êtes là ! Je vous cherchais partout ! »
« Ethan, tu as réussi à arranger les choses avec Léa ? Tu vois, je t'avais dit qu'on n'avait pas de vrais secrets entre nous trois. Tant que vous êtes heureux tous les deux, ce n'est pas grave si j'ai pris un petit coup. »
Ethan a immédiatement lâché le flacon de baume, s'est relevé d'un bond et s'est précipité pour la soutenir.
Il a froncé les sourcils, inquiet. « Pourquoi tu es sortie du lit ? Je ne t'avais pas dit de te reposer dans la chambre ? »
« Comment ça, 'pris un petit coup' ? Tu crois que je vais laisser Léa te traiter comme ça ? T'en fais pas, Léa et moi, on a déjà parlé. Elle va s'excuser auprès de toi tout de suite. »
Sur ce, Ethan s'est tourné vers moi avec un regard noir.
« Léa, dépêche-toi de demander pardon à Sadie. »
J'ai regardé la pommade à demi étalée qui séchait sur mon genou, la voix neutre et glaciale.
« Je ne l'ai pas poussée. Elle s'est fait un croc-en-jambe toute seule. Et je n'ai jamais accepté de présenter des excuses. »
« De plus, Ethan... je suis ta fiancée. S'il y a bien quelqu'un envers qui tu as un devoir de loyauté, c'est moi. »
Ethan est resté cloué sur place, étouffé par mes paroles. Sa voix intérieure bourdonnait d'un conflit désagréable.
*[Elle n'a pas tort là-dessus...]*
*[Mais Sadie et moi... Bordel, pourquoi c'est si dur pour elle de ravaler sa fierté et de s'excuser une bonne fois pour toutes ?!]*
En entendant ça, j'ai relevé la tête, le regard ancré dans le sien.
« Ce n'est pas dur pour moi d'admettre mes torts quand j'en ai. Mais c'est vous deux qui mentez. On est censés se marier civilement dans quelques jours, et toi, tu fricotes dans mon dos en secret avec une autre femme. »
« Ethan, tu penses sincèrement que c'est acceptable ? »